Jeunes en Vigie : appropriation nationale, démocratie et santé féministe au Sénégal, avec Jane Medor
Suite à une première phase pilotée par Equipop, le projet Jeunes en Vigie se déploie désormais sous l’égide d’une organisation sénégalaise, Jeunesse et Développement, pour renforcer la veille citoyenne des jeunes sur l’accès aux soins de santé reproductive. Jeunes en Vigie met en lumière la force du leadership féminin : des auditrices formées, au cœur du territoire, transforment la relation jeunes—soignants et portent le plaidoyer pour une santé reproductive respectueuse des droits. Entretien avec Jane Medor, chargée de programme et mobilisation des ressources pour Jeunesse et Développement.
De l’héritage à l’appropriation nationale : quel projet et quelle ambition pour la phase 2 ?
Jane Medor : « Jeunes en vigie » (JeV) est un projet innovant de démocratie en santé porté par une vigie citoyenne jeune. Les auditrices ont été (phase 1) et seront (phase 2) responsables de la collecte des données sur les besoins des jeunes en matière d’accès aux soins de santé reproductive, données qui alimenteront le plaidoyer auprès des autorités locales, en partenariat avec les prestataires. Trente d’entre elles ont été formées lors de la phase 1, à raison de 15 auditrices par district. Pour la phase 2, nous avons élargi l’action à Saint-Louis et Sédhiou, en plus de Mbour et Matam. Portée désormais par Jeunesse et Développement, une ONG sénégalaise, la phase 2 est mise en œuvre directement par les acteurs communautaires, les prestataires, les autorités et les auditrices afin qu’ils s’approprient les stratégies et garantissent la pérennité du dispositif. La gouvernance se veut inclusive : ce sont les actrices et acteurs locaux qui orienteront les activités selon les besoins et contextes, facilités par les membres du consortium.
L’audit social est au cœur de JeV : pourquoi maintenir et renforcer cette méthode aujourd’hui ?
Jane Medor : L’audit social porté par les auditrices est un vivier d’informations essentiel pour comprendre les blocages d’accès des jeunes aux soins. Lors de la phase 1, deux audits sociaux ont pu être menés. À court terme, il renforce le pouvoir d’agir des auditrices, reconnues comme personnes-ressources par leurs pairs. Jour après jour, elles gagnent en légitimité. À moyen terme, elles disposeront d’alliés pour porter un plaidoyer auprès des instances de décision et influencer les politiques en faveur des droits des jeunes en santé reproductive. Le projet s’appuie ainsi sur un leadership féminin et se base sur la démocratie en santé féministe.
Innovation méthodologique : qu’est-ce que la « mesure de l’utilité sociale » apporte au projet ?
Jane Medor : Cette mesure évaluera de façon participative l’impact réel des auditrices sur les relations jeunes–prestataires, la qualité des services et l’accès effectif aux soins. Elle combine indicateurs quantitatifs et témoignages qualitatifs pour démontrer les changements concrets. L’approche orientée changement oriente dès le départ les trajectoires attendues et les facteurs de transformation.
Empouvoirement des jeunes : quelles activités concrètes et quels impacts attendez-vous ?
Jane Medor : L’empouvoirement passe par un renforcement du pouvoir d’agir : média training, droits en santé sexuelle et reproductive, leadership, citoyenneté. Les auditrices seront capables de se déployer en actions de proximité et toucheront au moins 5 000 personnes par zone. Durant la phase 1, elles ont déjà été sollicitées comme personnes-ressources. La phase 2 accentuera la collaboration avec les prestataires pour lever les blocages des deux côtés et faciliter l’accès aux services.
Synergies et mise en réseau : quel intérêt pour le plaidoyer régional et national ?
Jane Medor : JeV s’inscrit en synergie avec différents projets qui sont mis en œuvre au Sénégal comme SANSAS, C’est La Vie 2 ou encore Jeunes filles en mouvement. Dans cette dynamique, des cadres au niveau national et local ont été mis en place afin de collaborer de façon efficace et efficiente avec l’ensemble des partenaires et des autorités publiques. L’ensemble des projets s’imbriquent parfaitement à plusieurs niveaux, dans le renforcement de capacités des prestataires de santé et des jeunes, avec une approche complémentaire et une volonté de ne pas toucher les mêmes cibles ; dans la mise en place d’un mécanisme de redevabilité sociale au niveau local et national renforcé par un dispositif de veille citoyenne. C’est la Vie 2 va donc initier un plaidoyer pour la mise en œuvre du mécanisme de redevabilité au niveau national, JeV2 va contribuer à collecter les données nécessaires pour comprendre les freins des jeunes en matière de santé reproductive et ainsi mettre en place un dispositif de veille citoyenne et SANSAS va permettre de formaliser le mécanisme de redevabilité et le réseau de jeunes compétents qui vont porter les voix au niveau national.
Genre et protection : comment JeV2 protège-t-il et renforce-t-il les jeunes filles face aux violences sexistes et sexuelles ?
Jane Medor : JeV2 renforce une approche féministe : formations sur les violences sexistes et sexuelles, droits et parcours de soins pour auditrices et prestataires. Les auditrices identifieront, signaleront et référeront les cas aux postes de santé ; les prestataires seront formés pour mieux accueillir et répondre aux besoins spécifiques des jeunes. Grâce à la synergie avec d’autres projets, plusieurs postes de santé seront outillés pour améliorer l’accueil adapté aux jeunes.