Paludisme : l’heure des choix politiques

Plus de vingt-cinq ans après le lancement des grands efforts internationaux contre le paludisme, le constat est sans ambiguïté. Les outils existent. Les preuves d’efficacité sont là. Mais la dynamique mondiale marque le pas. Et ce ralentissement n’a rien d’une fatalité technique : il résulte de choix politiques et financiers insuffisants.

Les derniers World Malaria Report de 2024 et de 2025 de l’Organisation mondiale de la santé confirment ce diagnostic. Entre 2000 et 2015, l’incidence mondiale du paludisme avait reculé de manière significative, portée par des investissements massifs dans la prévention, le diagnostic et le traitement. Depuis 2015, cette dynamique s’est inversée. En 2024, on estime à 282 millions le nombre de cas et à 610 000 celui des décès. Les objectifs internationaux fixés pour 2025 sont désormais hors d’atteinte.

Le fardeau reste massivement concentré en Afrique subsaharienne, qui concentre l’écrasante majorité des cas et des décès. Quelques pays paient un tribut disproportionné. Ailleurs, les progrès sont fragiles, parfois remis en cause par des crises politiques, sécuritaires ou sanitaires. Nulle région n’est à l’abri d’un recul.

Les causes sont connues. Les résistances biologiques progressent : résistance accrue aux insecticides, signaux préoccupants sur l’efficacité de certains traitements, limites nouvelles de certains tests de diagnostic. Les systèmes de santé restent trop souvent sous-dotés, exposés aux ruptures de stocks et aux inégalités d’accès. Les conflits armés, les déplacements de population et le changement climatique aggravent encore la transmission et désorganisent les réponses.

Pourtant, il serait faux — et dangereux — de conclure à une impasse. Les interventions contre le paludisme fonctionnent. Depuis 2000, près de 2,3 milliards de cas et 14 millions de décès ont été évités. En 2024, plus d’un million de vies ont encore été sauvées. Les moustiquaires de nouvelle génération, la chimioprévention saisonnière, l’amélioration du diagnostic et l’accès aux traitements efficaces ont un impact démontré. L’introduction des vaccins antipaludiques, déjà intégrés dans les programmes nationaux de nombreux pays, ouvre une étape décisive, en particulier pour la protection des enfants.

Les succès de l’élimination dans plusieurs dizaines de pays montrent que cet objectif est atteignable, y compris dans des contextes contraints. Mais ces avancées sont réversibles. La baisse brutale de l’aide internationale observée depuis 2024 fragilise directement la continuité des programmes. Moins de financements, ce sont des campagnes interrompues, des systèmes de surveillance affaiblis, des vies exposées.

Le paludisme n’est donc pas un problème d’innovation ou de connaissance. C’est un test de cohérence politique. Les États et les bailleurs, au premier rang desquels le Fonds mondial, ont une responsabilité claire : garantir des financements prévisibles, à la hauteur des enjeux, et soutenir des stratégies ancrées dans les réalités locales.

À travers L’Initiative, mise en œuvre par l’Expertise France, la France fait le choix d’un engagement exigeant : appui aux programmes nationaux, renforcement des capacités, soutien à l’innovation opérationnelle, priorité donnée à l’impact réel sur le terrain. Cette approche n’est ni idéologique ni théorique. Elle est pragmatique : elle part des besoins, s’appuie sur les données, et assume la durée.

En cette Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le message doit être clair. Soit la communauté internationale accepte le décrochage actuel et ses conséquences humaines. Soit elle choisit de maintenir le cap, d’investir, et de traiter le paludisme comme ce qu’il est : une maladie évitable et curable, dont la persistance est d’abord le reflet de nos renoncements collectifs.

Le paludisme peut reculer. Mais seulement si nous cessons d’hésiter.