Expérimentation communautaire : au Cambodge, une étude invite à repenser la dispensation des traitements antirétroviraux
Au Cambodge, l’ONG KHANA a testé, entre 2021 et 2023, un modèle communautaire de dispensation des antirétroviraux, avec le soutien de L’Initiative – Expertise France. L’étude quasi-expérimentale menée dans 20 cliniques montre que la dispensation communautaire maintient une forte rétention et une suppression virale élevée, tout en améliorant l’observance, la qualité de vie physique et en réduisant les symptômes dépressifs. Les résultats motivent l’intégration de ce modèle au système national de prise en charge du VIH, à condition de l’accompagner par des actions ciblées de lutte contre la stigmatisation.
Au Cambodge, l’organisation de la société civile KHANA est depuis longtemps pionnière dans l’élaboration de réponses communautaires pour la riposte au VIH. En réponse aux appels à projet 2018 de L’Initiative, l’organisation avait soumis une proposition d’expérimentation d’un modèle communautaire de dispensation des antirétroviraux pour les personnes vivant avec le VIH.
Le Cambodge a atteint les objectifs 90-90-90 de l’ONUSIDA en 2017 ; mais KHANA avait remarqué que l’engorgement des structures de soins, ainsi que la stigmatisation et les inégalités en matière de santé mentale semblaient compromettre la pérennité de la prise en charge du VIH.
Un modèle communautaire de dispensation du traitement antirétroviral
L’étude quasi-expérimentale a évalué un modèle communautaire de dispensation du traitement antirétroviral comparé à la dispensation multi-mensuelle chez les personnes vivant avec le VIH dans 20 cliniques (N = 4 089) entre 2021 et 2023. Des enquêtes de base et de fin d’étude, ainsi que des données cliniques, ont permis d’évaluer l’observance thérapeutique, la suppression virale, la rétention dans les soins, la stigmatisation, les symptômes dépressifs et la qualité de vie.
Les deux approches ont atteint des niveaux élevés de rétention dans les soins (>97 %) et de suppression virale (>99 %). Le modèle communautaire a montré une amélioration significative de l’observance, une réduction des symptômes dépressifs et une meilleure qualité de vie liée à la santé physique. Des réductions modestes de la stigmatisation vécue ont été observées, mais les effets sur la stigmatisation intériorisée et anticipée demeurent non concluants. Ces résultats indiquent que la dispensation communautaire du traitement antirétroviral permet de maintenir efficacement l’observance et d’améliorer les résultats de santé, et soutiennent son intégration dans le système de prise en charge du VIH au Cambodge, en complément d’interventions ciblant la réduction de la stigmatisation.
L’intégralité de l’article scientifique
Retrouvez l’intégralité de l’article publié dans Nature via le lien suivant.