INTEGRES-TB : Quand la chimioprévention du paludisme saisonnier devient une fenêtre pour repérer la tuberculose pédiatrique

La tuberculose pédiatrique est souvent « invisible » : symptômes discrets, difficulté à recueillir des prélèvements, accès restreint aux examens d’imagerie. INTEGRES-TB propose une réponse concrète : profiter de la campagne de chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS) — l’opération qui, chaque année, met les agents au contact des enfants de moins de 5 ans — pour poser aussi des questions ciblées sur la tuberculose et référer les cas présomptifs. Porté au Cameroun par l’IRD avec Epicentre, le Centre mère-enfant de la Fondation Chantal Biya, le Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) et le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), le projet vise à documenter – par une recherche opérationnelle – la transformation de cette campagne communautaire en opportunité de santé intégrée.

Le pilote mené à Garoua a été révélateur : sur 13 208 enfants vus pendant deux cycles de CPS, 148 (1,1 %) ont été identifiés comme présomptifs, avec une couverture de dépistage de 82 % au premier cycle — démontrant qu’une campagne massive peut élargir la porte d’entrée vers le diagnostic. Ces cas, majoritairement repérés sur un symptôme – la toux, ont été orientés vers les centres de diagnostic pour confirmation.

Les chiffres montrent l’apport de la CPS pour élargir la porte d’entrée vers le diagnostic, mais ils soulignent aussi les limites du dépistage symptomatique chez l’enfant.

L’approche du projet guide vers une analyse de l’ensemble de la chaîne de santé. L’évaluation des 73 formations sanitaires (FOSA) a montré des forces (électricité souvent disponible, présence d’agents communautaires) mais aussi des faiblesses majeures : manque de balances pédiatriques, capacités de laboratoire limitées, transport et conservation d’échantillons insuffisants, accès restreint à la radiographie. Pour y répondre, INTEGRES-TB a sélectionné 19 centres de formations sanitaires et 9 centre de traitement contre la tuberculose afin de déployer l’algorithme complet de décision et traitement et 45 centres pour le triage, accompagné par des modules de formation, l’outil de suivi OneImpact — qui documentera aussi les barrières liées au genre — et un réseau de 20 mentors cliniques prêts pour le déploiement opérationnel.

La recherche formative a confirmé que l’intégration est opportune et acceptable pour les familles et les agents, mais sa qualité dépendra de la durée consacrée au dépistage (la charge de travail et le manque de temps menacent la qualité du dépistage), de la formation pratique des mobilisateurs, et d’une supervision de proximité active. De plus, les enjeux liés au genre (disponibilité des parents et notamment des mères, réticences liées au personnel masculin) exigent des messages adaptés et des réponses contextuelles.

Les prochains mois permettront d’évaluer la montée en échelle et d’affiner les outils et méthodes avant un éventuel déploiement plus large.