L’empouvoirement et le leadership féminin transforment les soins – le soutien du dispositif SOFIA de L’Initiative
SOFIA est le dispositif de L’Initiative qui soutient la montée en puissance d’organisations de la société civile de taille moyenne et qui contribuent à mieux lutter contre les pandémies. Parmi les structures soutenues, Solidarité Féminine a une action centrée sur les femmes vivant avec le VIH à Djibouti, et Association Solidarité défend les travailleuses du sexe au Bénin. Medina Mohamed, présidente de l’association Solidarité Féminine, et Yvette, secrétaire comptable et militante d’Association Solidarité racontent le même constat : l’empouvoirement et le leadership féminin transforment la prévention et l’accès aux soins.
Qui êtes-vous et quelle est la mission première de votre association ?
Medina Mohamed : Je suis Medina. J’ai travaillé 38 ans dans le domaine bancaire et j’ai rejoint Solidarité Féminine en 1998 comme bénévole au départ. Aujourd’hui, je supervise la logistique et l’accompagnement nutritionnel des mères vivant avec le VIH : distribution de lait, kits d’hygiène, pesées, suivi des carnets. Mais notre travail, c’est aussi d’écouter, de rassurer, d’identifier les besoins psychosociaux — parfois c’est la seule main tendue que ces mères ont. Ces gestes simples permettent parfois des ruptures majeures — une mère qui sort de la rue, une autre qui trouve un logement — et restituent de la dignité.
Yvette : Je suis Yvette. J’ai été travailleuse du sexe, puis suis devenue pair éducatrice. Avec mes collègues, nous avions décidé de nous organiser pour revendiquer nos droits et mettre en place des réponses concrètes comme le dépistage, la prise en charge, les soutiens juridique et psychosocial. C’est de là qu’est née Association Solidarité. Actuellement, je coordonne les maraudes, gère le fonds d’urgence et assure la protection et le référencement des victimes de violences.
Concrètement, que vous a apporté l’appui de L’Initiative via le dispositif SOFIA ?
Yvette : L’Initiative nous a apporté un soutien financier et technique qui a été décisif. Cela a notamment permis la création d’un fonds d’urgence : sans lui, beaucoup de nos bénéficiaires auraient été laissées sans soins après une agression ou une grossesse compliquée par exemple. On a acheté du matériel, mis à jour nos statuts, commencé la cartographie des sites où s’exerce le travail du sexe. Cet appui a professionnalisé notre travail et renforcé notre crédibilité vis-à-vis des acteurs en santé : aujourd’hui, on rend des comptes et ça nous ouvre des portes.
Medina Mohamed : Pour nous aussi, le soutien du dispositif SOFIA a permis un renforcement de notre organisation et donc de nos actions : capacité à gérer des stocks, organiser des achats réguliers, produire des rapports et suivre les dépenses. Cet accompagnement aux pratiques de gestion rend possibles des actions durables comme la distribution régulière de lait, la constitution de stocks tampon, et une meilleure planification des activités.
En quoi le leadership féminin change-t-il la donne ?
Medina Mohamed : Dans le cadre de nos activités, le leadership féminin crée des espaces de confiance indispensables. Des mères nous confient parfois des histoires de violence, de rejet — et c’est ce récit qui permet la prise en charge. Nos ateliers bien-être, comme les soins du visage, les activités henné ou manucure, montrent combien la restauration de la dignité influence la santé.
Yvette : Nos pairs éducatrices connaissent le terrain : elles savent négocier avec un client, repérer un danger, convaincre une collègue d’aller se faire dépister pour le VIH ou les IST. Le leadership vient du vécu : quand une collègue parle, on l’écoute. C’est sur cette force que se construit notre plaidoyer à l’endroit des autorités.
Quels défis persistent, et quelles priorités identifiez-vous pour aller plus loin ?
Yvette : La sécurité des maraudes nocturnes ; l’accès insuffisant aux intrants (préservatifs, tests) ; et des lacunes en gestion numérique et comptable constituent des freins sensibles. L’accompagnement technique reste essentiel : on a besoin de soutiens pour pérenniser nos actions.
Medina Mohamed : Ce n’est qu’avec des soutiens pérennes que nous pourrons fournir un accompagnement global pour ces mères, ces enfants, ces vies. Les micro-crédits, la scolarisation des enfants, la formation sont des leviers pour sortir durablement de la précarité. Financer et reconnaître des organisations de la société civile menées avec des femmes, pour des femmes, c’est renforcer la prévention, la santé et la dignité de communautés entières.
