Travailler avec et pour les personnes travailleuses du sexe — l’approche de L’Initiative
Stigmatisation, invisibilisation, violences, ruptures de produits de santé … : les personnes travailleuses du sexe restent parmi les populations les plus exposées aux pandémies. Pour L’Initiative, répondre à ces défis exige une approche transversale qui combine appui communautaire, renforcement organisationnel, sécurisation des services et plaidoyer— un fil que traversent les actions soutenues au Bénin, Cameroun, Côte d’Ivoire, Éthiopie et Madagascar.
Afin de garantir le droit à la santé pour toutes et tous, L’Initiative travaille notamment pour et avec les personnes travailleuses du sexe. Cette stratégie se base sur des leviers communs : empouvoirement par les pairs, consolidation des organisations locales, sécurisation des circuits de soins et diversité des modalités d’intervention. Au cœur de ce soutien, il y a une conviction : protéger la santé des personnes travailleuses du sexe, c’est protéger la santé de toutes et tous.
A Madagascar, sur l’axe Antananarivo–Tamatave, le projet DESPS, porté par Médecins du Monde, illustre le premier principe : des paires éducatrices et pairs éducateurs mobilisés en maraudes, formés à la prévention, à l’écoute et à l’orientation, font tomber les barrières de la peur et de la honte, et permettent un meilleur recours aux centres de santé locaux en allant directement sensibiliser les personnes travailleuses du sexe sur le terrain.
Orienter vers un service de santé, donner un contact juridique, enseigner comment négocier le préservatif : ces interventions de proximité, répétées, illustrent l’angle choisi par L’Initiative : agir depuis le terrain, avec et par les personnes concernées.
Cette approche est la même qui a guidé l’accompagnement de NIKAT en Éthiopie, mais selon un autre axe : la durabilité via la structuration des acteurs.
En Éthiopie, l’assistance technique soutenue par L’Initiative – Expertise France en direction de l’organisation communautaire NIKAT, portée par des personnes travailleuses du sexe, a permis de produire notamment un plan stratégique sur 4 ans, des outils d’évaluation adaptés, une stratégie de communication et une cartographie de bailleurs — autant d’outils concrets qui ont renforcé cette organisation de la société civile en appuyant notamment sa crédibilité et sa résilience.
Ici et là, renforcer la gouvernance, la communication et la mobilisation de ressources, c’est augmenter la capacité d’un groupe à survivre à la volatilité des financements internationaux.
Mais au-delà, le besoin d’accès et de continuité des soins résonne partout. La Côte d’Ivoire et le Cameroun soulignent une réalité partagée : la menace d’un faible accès et d’une rupture des services — aggravée par des retraits de financements — appelle des stratégies hybrides. Décentralisation des services, centres de soins, cliniques mobiles et intégration de soins spécialisés (santé anale, proctologie, prise en charge post-violences basées sur le genre) composent une offre adaptative qui maintient l’accès à la santé. Le renforcement des liens entre centres de soins et établissements publics améliore en outre le référencement et la traçabilité des parcours de soin.
Concrètement, à Abidjan, le projet POUVOIR+, porté par Solthis, prolonge et élargit les acquis de la première phase du projet : centre de soins mieux équipés, pair-éducation renforcée, prise en charge des violences et services de santé sexuelle adaptés aux femmes cisgenres et transgenres. En parallèle du renforcement de la prise en charge, le projet mise sur le renforcement du pouvoir d’agir des personnes travailleuses du sexe, avec des ateliers innovants de « self help, self care » : auto-gynécologie, réappropriation du corps et travail sur les représentations, normes et croyances. Ces dispositifs combinent réponse immédiate et stratégies de mobilisation locale pour assurer le maintien des prises en charge et l’empouvoirement des personnes hautement vulnérables.
Au Cameroun, Horizon Femmes via le projet SAGCO complète ce faisceau d’actions en rapprochant la santé des personnes travailleuses du sexe grâce à des cliniques mobiles, à la formation de « gatekeepers » et à l’amélioration de la prise en charge des personnes survivantes de violences. Le projet met en lumière une vérité simple : la santé des personnes travailleuses du sexe exige des réponses multipistes — médicales, psychosociales, juridiques — tissées avec les autorités et le secteur public. Enfin, l’appui aux petites structures via le dispositif SOFIA illustre l’autre versant nécessaire de la stratégie : renforcer les acteurs communautaires de proximité, qui sauvent des vies avec des moyens modestes.
Au Bénin, l’appui du dispositif SOFIA à l’Association Solidarité rappelle le rôle pivot du financement flexible et de l’accompagnement sur-mesure : fonds d’urgence, soutien juridique et psychosocial, et mobilisation de pairs éducatrices et pairs éducateurs permettent d’absorber des chocs individuels (violences, accouchements difficiles…) et collectifs.
L’ancrage communautaire transforme l’aide en pouvoir d’agir — condition indispensable pour l’effectivité du droit à la santé pour toutes et tous.
Mettre en lien ces actions révèle une logique commune : empouvoirement par les pairs ; renforcement institutionnel et des organisations de la société civile ; maintien et diversification des services ; prise en charge des violences et de la santé mentale ; plaidoyer pour sécuriser ressources et droits. L’Initiative soutient une chaîne d’effets : renforcer une association améliore la qualité et la continuité des soins ; mieux formées, les pairs consolident la prévention ; des données fiables nourrissent le plaidoyer et consolident les soutiens. Au cœur de cette chaîne, il y a une conviction : protéger la santé des personnes travailleuses du sexe, c’est protéger la santé de tous. Quand les produits de santé sont disponibles, quand un centre de soins fonctionne, quand une organisation locale peut mobiliser, quand des pairs évitent des infections, ce sont des foyers épidémiques qui s’éteignent ou qui ne naissent pas, avant de menacer l’ensemble de la population. C’est cette combinaison qui fait aujourd’hui la force d’une réponse capable de réduire la vulnérabilité et la transmission des maladies. L’Initiative investit donc non seulement dans des assistances techniques et des projets mais dans une stratégie intégrée — mondiale, locale, communautaire et durable — pour affirmer le droit à la santé pour toutes et tous, nuit après nuit, maraude après maraude.