VITA CCU : construire un parcours de soins contre le cancer du col de l’utérus

Une chaîne dont il manquait les maillons 

Le cancer du col de l’utérus peut être prévenu à plusieurs moments clés. La vaccination protège contre le papillomavirus humain (HPV) avant l’exposition, le dépistage permet de détecter l’infection ou de repérer les lésions précancéreuses et, le cas échéant, le traitement de ces dernières évite leur évolution vers un cancer.

Sur le premier maillon, Madagascar a franchi une marche décisive. En décembre 2025, une campagne nationale a vacciné plus d’1,7 millions de filles de 9 à 14 ans, soit une couverture de 77,5 %, conduisant le ministère de la Santé publique à rendre le vaccin gratuit et à l’intégrer à la vaccination de routine. VITA CCU y a contribué par la mobilisation communautaire et la communication.

Les maillons suivants, eux, restaient à bâtir. Le dépistage était difficilement accessible et n’était pas par test moléculaire HPV. La thermocoagulation, une technique recommandée par l’Organisation mondiale de la Santé pour traiter les lésions précancéreuses, qui est moins invasive et peut se réaliser en soins ambulatoires, n’était pas pratiquée en routine dans le pays.

Sylvano Frédéric Tsialazo, coordinateur du consortium pour Médecins du Monde Madagascar, présente les trois axes du programme :

Un an pour rendre le dépistage possible 

Le programme a contribué à la rédaction du premier module de formation malgache consacré à la thermocoagulation, permis la formation de formateurs de 34 professionnels, qui ont diffusé ces compétences en cascade. Entre décembre 2025 et mai 2026, 132 professionnels de santé ont été formés, soit plus du tiers de la cible du projet, et 42 prestataires des centres de santé d’Antananarivo et de Mahajanga sont désormais certifiés sur le prélèvement HPV, l’inspection visuelle et la thermocoagulation. Seize centres de santé de base ont été équipés en matériels (thermo-coagulateurs, matériel de prélèvement HPV et de conservation des échantillons) et un centre hospitalier universitaire d’Antananarivo a été doté d’un colposcope. Deux laboratoires ont été formés à la plateforme GeneXpert, et un circuit d’acheminement des prélèvements a été élaboré avec le Ministère.

Ainsi, 181 tests HPV ont été effectués au second semestre du projet dans le cadre d’exercices pratiques associés aux formations et campagnes préparatoires.

L’accompagnement, condition du parcours 

Ces premiers dépistages ont livré un enseignement que le programme a aussitôt intégré. Un résultat positif ne produit son effet que si la patiente revient réaliser l’examen complémentaire, puis le traitement. Or les exercices menés en conditions réelles ont montré que ce retour ne va pas de soi : il suppose de recevoir le résultat et de l’avoir compris, de pouvoir se déplacer à nouveau et d’être accompagnée dans l’intervalle.

Le consortium a donc fait de cet accompagnement une priorité. Depuis janvier 2026, les éducatrices paires de l’Association des Femmes Samaritaines rencontrent six travailleuses du sexe par maraude au lieu de vingt, afin de consacrer plus de temps à chacune et d’assurer un suivi individuel. Le nombre de structures appuyées a été resserré pour permettre un accompagnement plus rapproché. Le programme consolide d’abord la qualité des prélèvements réalisés en centre de santé avant d’étendre la pratique à l’auto-prélèvement communautaire.

Un dispositif aux données encourageantes 

À ce stade, le programme a permis à 4 114 femmes d’être dépistées, et à 171 ressources humaines d’être formées, dont des professionnels de santé notamment. Sur l’année, 10 éducatrices paires ont mené 240 maraudes de jour comme de nuit, touchant 1 800 femmes travailleuses du sexe.

À l’autre extrémité de la chaîne, Douleurs Sans Frontières a mis en place un dispositif de soins à domicile intégrés pour les patientes atteintes d’un cancer avéré, avec un protocole psychosocial élaboré avec l’Ordre national des Psychologues. En mai 2026, 20 professionnels hospitaliers se sont formés à la colposcopie (examen spécifique du col de l’utérus), à la biopsie (prélèvement et analyse) et au retrait des lésions avec les experts du CHU de La Réunion.

VITA signifie « éliminer » en malgache. L’objectif final est donc là : éliminer le cancer du col de l’utérus. D’ici 2028, le programme vise 17 000 personnes et la mise en place d’un parcours de soins complet, accessible, à toutes les étapes.