« Aller vers les enfants, là où ils vivent » : comment COMBINE-PMC construit une stratégie complémentaire de prévention du paludisme

Shino Arikawa : Le paludisme demeure la première cause de mortalité chez les jeunes enfants en Afrique subsaharienne. Pourtant, la chimioprévention du paludisme pérenne (CPP), recommandée par l’OMS depuis 2010 dans les régions où le paludisme n’a pas des variations saisonnières, reste encore insuffisamment déployée. Aujourd’hui, elle est administrée essentiellement via le Programme élargi de vaccination. Ce fonctionnement laisse de côté une partie des enfants : ceux qui n’accèdent jamais à la vaccination ou interrompent leur suivi. COMBINE-PMC, porté par l’Institut de Recherche pour le Développement, cherche justement à combler cette lacune en évaluant une stratégie complémentaire de distribution communautaire. Au-delà de la mise en œuvre de cette approche, le projet vise également à produire des données scientifiques solides sur sa faisabilité, son acceptabilité, son efficacité et son rapport coût-efficacité, afin d’éclairer les décisions des programmes nationaux de lutte contre le paludisme.

Shino Arikawa : L’idée est simple : rapprocher la prévention des familles. Les agents de santé communautaires réalisent des visites à domicile pour administrer des doses supplémentaires de chimioprévention aux enfants de moins de deux ans. Choisis par et pour leur communauté, ces agents bénéficient d’une relation de confiance qui facilite l’acceptation de l’intervention et permet d’atteindre les ménages les plus éloignés des structures de santé. Les modèles disponibles montrent d’ailleurs que l’amélioration de la couverture, associée à une augmentation du nombre de doses reçues, multiplie l’impact préventif de la stratégie.

Shino Arikawa : Parce qu’une stratégie ne peut fonctionner que si elle répond aux réalités du terrain. Au Togo comme en Côte d’Ivoire, ces ateliers ont réuni les Programmes nationaux de lutte contre le paludisme, les responsables de district, les équipes des centres de santé et les agents de santé communautaires. Ensemble, ils ont identifié les difficultés pratiques, conçu les outils de mise en œuvre et élaboré une stratégie de mobilisation des communautés. Cette démarche favorise une véritable appropriation par les acteurs qui seront ensuite chargés de la déployer.

Shino Arikawa : L’accès aux soins dépend aussi de facteurs sociaux. Dans de nombreuses familles, les mères assurent les soins quotidiens des enfants sans toujours disposer du pouvoir de décision, des ressources et du temps nécessaires pour se rendre dans un centre de santé. En apportant la chimioprévention au cœur de la communauté, COMBINE-PMC réduit une partie de ces obstacles. Le projet évaluera également dans quelle mesure cette approche contribue à renforcer le pouvoir d’agir des mères dans les décisions liées à la santé de leurs enfants.

Shino Arikawa : Ce projet vise à produire des données solides sur l’efficacité, la faisabilité, l’acceptabilité et le coût-efficacité de cette stratégie communautaire dans deux contextes nationaux différents. L’objectif est que ces résultats puissent guider les programmes nationaux de lutte contre le paludisme, mais aussi alimenter les recommandations internationales sur les modalités de mise en œuvre de la chimioprévention, tout en guidant d’autres pays d’Afrique subsaharienne confrontés à des contextes similaires.