Contre le paludisme, des plans nationaux au terrain

Des plans aux services, la même lutte contre le paludisme

Le paludisme ne se combat pas seulement avec des médicaments ou des moustiquaires. Il se combat aussi avec des choix de gouvernance, des outils clairs, des équipes formées et des services qui atteignent les populations les plus exposées. C’est précisément sur cette approche que L’Initiative agit, en appuyant les programmes nationaux de lutte contre le paludisme pour qu’ils puissent encore mieux passer de la stratégie à l’exécution, et de l’ambition aux résultats.

Au Sénégal, l’appui technique accompagne un moment charnière : l’évaluation du plan stratégique national 2021-2025 et la préparation du Plan Stratégique National d’Elimination 2026-2030. Dans un contexte bouleversé par les réallocations de financements internationaux, l’objectif est de sécuriser un cadre national solide, fondé sur l’évaluation, le consensus et l’alignement avec les priorités du pays. Cette étape n’est pas seulement administrative : elle conditionne la suite de la riposte, sa durabilité et la volonté du pays d’intensifier les interventions à haut impact, de promouvoir l’innovation, et d’assurer une redevabilité accrue à tous les niveaux du système de santé.

Des outils communs pour une menace mouvante

À Djibouti, le défi est différent mais tout aussi urgent. Le pays fait face à une résurgence du paludisme, alimentée par la mobilité des populations, la présence d’Anopheles stephensi en milieu urbain et la résistance croissante des moustiques aux insecticides. Là encore, la réponse passe par la structuration soutenue par L’Initiative : actualiser les protocoles de pulvérisation intra-domiciliaire, clarifier la gestion des gîtes larvaires, renforcer les capacités entomologiques et harmoniser les pratiques. L’enjeu est de disposer d’outils communs, d’une stratégie multisectorielle et multi acteurs, pour mieux prévenir et mieux contrôler la transmission. Cette approche technique a une portée stratégique. En mettant à jour les manuels, en révisant les procédures et en outillant les équipes, l’appui aux autorités djiboutiennes contribue à bâtir une riposte plus cohérente, mieux coordonnée et plus réactive face à une maladie qui évolue vite.

L’Initiative a également appuyé la formation de techniciens à l’utilisation d’un séquenceur pour étudier la résistance des parasites aux traitements du paludisme présents à Djibouti. Les résultats ont aussi donné lieu à une publication scientifique financée par L’Initiative, constatant que de nombreux parasites sont justement résistants aux anciens antipaludiques, tels que la chloroquine et le Fansidar (combinaison de sulfadoxine et pyriméthamine), et présentent quelques signes indirects suggérant une possible résistance aux nouveaux médicaments.

Quand la prévention rejoint les familles

Au Gabon, le défi prend une autre forme : faire entrer la prévention du paludisme dans le quotidien des familles, des mères et des enfants, là où les systèmes de santé restent souvent trop éloignés. Le projet LOUETSI-PPC porté par le programme national de lutte contre la paludisme et soutenu par L’Initiative – Expertise France vise à renforcer une approche intégrée, associant chimio-prévention pérenne chez les jeunes enfants, vaccination, nutrition, prise en charge des fièvres et mobilisation communautaire. Ici, la lutte contre le paludisme devient aussi une affaire de proximité, de confiance et de continuité des soins.

Le projet insiste également sur les déterminants sociaux de la santé : l’implication des hommes, la place des relais communautaires, la qualité du suivi local et la disponibilité des formations sanitaires. Dans ces territoires enclavés, l’accès précoce aux soins peut faire la différence entre un épisode traité à temps et une maladie qui s’aggrave faute de prise en charge.

Le fil qui relie ces trois pays est simple : pour faire reculer le paludisme, il faut des stratégies nationales robustes, mais aussi des outils adaptés, des équipes capables de les mettre en œuvre et des communautés pleinement associées. C’est là que se joue la transformation durable de la riposte.