AGIR ouvre une offre de dépistage et de traitement des lésions anales et du col de l’utérus

Une offre à élargir

Le dépistage du cancer du col de l’utérus progresse en Afrique subsaharienne. Celui des lésions anales, lui, reste presque entièrement à construire : les examens exigent un équipement spécifique, une formation en proctologie (spécialité en pathologies anales) et des professionnels capables d’accueillir sans jugement des patients dont les pratiques sexuelles restent socialement réprouvées.

Entre 2021 et 2024, lors de la première phase, le projet AGIR a dépisté 6 923 personnes et traité 601 lésions précancéreuses du col de l’utérus, en s’appuyant sur les associations communautaires qui suivaient déjà les personnes vivant avec le VIH. La deuxième phase, lancée en avril 2025 pour quatre ans, part de cet acquis : élargir la couverture géographique, consolider les compétences locales et inscrire le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses du col de l’utérus dans les pratiques courantes des structures de santé. Cette phase est aussi consacrée aux formations sur les diagnostics et traitements des pathologies anales.

Angéline Inamahoro, coordinatrice du projet au Burundi, retrace cette trajectoire.

Rapprocher les populations clés des services de santé

Un dépistage disponible ne suffit pas : encore faut-il oser franchir la porte, car ces examens touchent à l’intime et concernent des populations trop souvent habituées à la stigmatisation dans les services de santé. AGIR confie donc le premier contact aux pairs éducateurs, qui informent, orientent et accompagnent physiquement jusqu’à la consultation. Dans les trois pays, les associations de personnes vivant avec le VIH, de travailleuses du sexe et d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes sont parties prenantes de la démarche, et non simples relais de messages conçus sans elles.

La proctologie, compétence rare

En janvier 2026, une formation à Yaoundé a réuni des praticiens des trois pays autour de l’anuscopie et du traitement des lésions, avec l’appui d’experts en proctologie. L’objectif n’était pas seulement de transmettre des gestes techniques, mais de constituer un noyau de professionnels capables à leur tour de former leurs collègues, pour que la compétence ne reste pas tributaire de quelques individus seulement. Cette formation a permis d’examiner soixante-trois patients en une semaine, révélant trente-cinq condylomes anaux, cinq fistules, cinq pathologies hémorroïdaires et trois fissures.

Ce décalage entre les besoins et l’offre tient notamment aux choix de priorisation des interventions. Les grands mécanismes de financement soutiennent les priorités définies par les pays, mais certains enjeux de santé, comme la prévention du cancer de l’anus, ne sont pas encore suffisamment reconnus comme prioritaires. C’est précisément l’objectif de l’appui de L’Initiative : couvrir ce besoin, en complément des actions des programmes nationaux, pour démontrer qu’une offre peut fonctionner avant qu’elle ne soit reprise à plus grande échelle.

Tout cela avance dans des conditions exigeantes, entre instabilités sécuritaire et sanitaire (Ebola) dans l’est de la RDC et ruptures d’approvisionnement en produits de santé. Le projet a adapté ses modalités plutôt que de réduire ses ambitions : mutualisation des équipements entre sites, planification des campagnes de dépistage en fonction des disponibilités, suivi rapproché des patients traités.

Fournir les preuves pour appuyer un changement d’échelle

La suite se joue sur deux registres. D’un côté, documenter : une équipe de recherche associée au projet analyse les données de dépistage pour établir l’épidémiologie des lésions proctologiques et de l’infection anale à HPV auprès des populations clés (prévalence, facteurs associés, parcours de soins) ainsi que le coût-bénéfice associé à l’intégration de ces examens dans les services existants. De l’autre, convaincre : un guide de prise en charge proctologique est en préparation, et une mission de plaidoyer à Kinshasa doit porter ces résultats auprès des autorités sanitaires.

Entre octobre 2025 et mars 2026, 1 457 femmes ont été dépistées pour le cancer du col et 367 personnes pour des pathologies anales. À l’horizon 2029, AGIR vise des centres de référence pérennes dans chacun des trois pays, capables de former et de prendre en charge sans financement extérieur dédié.

AGIR pour la santé sexuelle des PVVIH et des populations clés — phase 2

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Acte médical dans le cadre du projet Agir pour la santé sexuelle des personnes vivant avec le VIH et des populations clés