Au Cameroun, OPTI-TRI cherche les meilleurs parcours contre le cancer du col de l’utérus
Au Cameroun, où l’incidence du cancer du col de l’utérus atteint 33,7 cas pour 100 000 femmes, celles qui vivent avec le VIH ont six fois plus de risques de développer la maladie. Le dépistage de ce cancer existe pourtant, et il est efficace pour réduire la mortalité. La difficulté est ailleurs : il se déroule en plusieurs étapes, dans des lieux parfois éloignés les uns des autres, et beaucoup de femmes s’y perdent en chemin. Mené dans la région de l’Ouest par l’Institut de Recherche pour le Développement avec le RSD Institute et soutenu par L’Initiative – Expertise France, le projet OPTI-TRI compare quatre façons d’organiser ce parcours pour identifier celles qui retiennent le mieux dans les soins les patientes.
Pourquoi un test positif n’entraine pas obligatoirement un traitement
Le dépistage repose aujourd’hui sur le test des papillomavirus humains (HPV), la méthode la plus sensible pour repérer les femmes à risque de lésions précancéreuses ou cancéreuses. La grande majorité des infections à HPV disparaissent spontanément, sans jamais provoquer de lésions. Traiter systématiquement toutes les femmes testées positives reviendrait donc à en traiter beaucoup inutilement. C’est pourquoi l’OMS recommande, parmi les stratégies possibles, de réaliser un second examen, dit de triage, qui peut notamment reposer sur une inspection visuelle du col. Ce triage est particulièrement recommandé chez les femmes vivant avec le VIH, chez qui les infections à HPV sont plus fréquentes et plus persistantes, et qui sont donc plus nombreuses à présenter un test positif.
Reste à pouvoir enchaîner test – triage (et traitement). Les plateformes capables de réaliser un test HPV sont rares, à l’image du district de la Mifi qui en compte trois pour environ 22 000 femmes de 30 à 49 ans. Faute de tout réaliser au même endroit le même jour, le parcours de dépistage s’étire sur plusieurs visites, et chaque visite est une étape où l’on peut perdre une patiente. Il est important de rappeler qu’un dépistage qui ne va pas jusqu’au bout est un dépistage inutile.
Un essai mené au Kenya a donné la mesure de l’enjeu. Une approche communautaire y avait fait progresser la participation au dépistage de 40 à 60 %. Mais parmi les femmes dépistées positives, 30 % seulement avaient finalement été traitées : l’effort s’était dissipé dans la cascade.
Joëlle Sobngwi, médecin-chercheuse en santé publique et directrice exécutive de RSD Institute, présente les stratégies comparées par le projet.
Deux contextes, quatre stratégies
C’est à cette articulation que s’attaque OPTI-TRI, avec deux études menées en parallèle, chacune pour un type de structure.
La première se déroule à l’hôpital régional de Foumban, dont le plateau technique permet de tout faire sur place. Elle compare une offre de dépistage standardisée à une offre différenciée, dans laquelle la femme choisit elle-même son parcours après avoir été conseillée, soit en enchaînant les étapes en une visite, soit en revenant une seconde fois. Un outil d’aide à la décision, conçu puis affiné avec les sages-femmes du service, accompagne ce choix. La seconde étude se joue dans les petites structures, qui n’ont pas l’équipement nécessaire pour conduire toutes les étapes du dépistage. Elle compare d’une part une stratégie centralisée, où le prélèvement est réalisé sur place et les femmes positives référées vers un centre mieux équipé, et d’autre part une stratégie décentralisée portée par une équipe mobile capable de dépister, de trier et de traiter sur place. Les six sites ont d’abord adopté la stratégie centralisée, avant de passer progressivement à la stratégie « équipe mobile », selon un ordre déterminé par tirage au sort.
Fin mars 2026, les deux études avaient inclus 1 678 femmes vivant avec le VIH et formé 52 professionnels de santé.
Ce que montrent les premiers résultats
À mi-parcours, les premiers enseignements se dessinent. À Foumban (projet sur la prestation différenciée), environ 98 % des femmes vont au bout des étapes, du test HPV jusqu’au traitement lorsqu’il est nécessaire.
L’approche par équipe mobile démontre quant à elle sa faisabilité sur le terrain. Un pick-up, une plateforme GeneXpert et une batterie suffisent à proposer un dépistage complet dans une petite structure de santé. Sur les 833 femmes testées dans ce dispositif, 310 se sont révélées positives au papillomavirus et 133 ont été traitées. Cette approche a également permis de réduire les pertes de suivi de 25 % à 2 %.
Le triage fait l’objet d’un troisième volet, qui s’intéresse à l’utilisation de la grille simplifiée ABCD pour interpréter l’inspection visuelle du col de l’utérus, ainsi qu’à une analyse assistée par intelligence artificielle, développée par l’École polytechnique fédérale de Lausanne à partir des images recueillies sur le terrain. En parallèle, la sous-étude STRING évalue les performances des marqueurs de méthylation comme autre méthode de triage. Enfin, le projet comprend également un volet important consacré au suivi post-traitement des femmes.
Des résultats qui doivent circuler
Reste à faire passer tout cela dans les pratiques, et le projet n’a pas attendu la fin des activités pour s’attaquer à cet important volet. Le paquet de soins destiné aux femmes vivant avec le VIH au Cameroun n’inclut pas encore le dépistage du cancer. Le transfert de connaissances et l’appropriation des résultats par les acteurs de santé constituent donc, depuis le lancement du projet, un axe de travail à part entière.
Il passe d’abord par un comité consultatif régional, constitué en juillet 2025, qui réunit autour de la même table les autorités sanitaires, le programme national de lutte contre le cancer, les formations sanitaires impliquées, des représentantes de femmes vivant avec le VIH et des leaders communautaires. Sa deuxième session, en février 2026, a porté sur l’appropriation des acquis par les acteurs locaux.
Il se traduit aussi par la formation de la relève, en termes de recherche, avec deux doctorants, l’une en anthropologie de la santé, l’autre en sciences de l’implémentation, qui construisent leur thèse sur ce terrain — dont les premiers résultats circulent désormais dans les congrès internationaux consacrés au cancer du col.
Améliorer le dépistage du cancer du col de l’utérus
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