Santé sexuelle : élargir l’accès, adapter les réponses
La santé sexuelle est une composante essentielle de la vie et du bien-être de chacun, tout au long de l’existence. Pourtant, trop souvent, les besoins restent insuffisamment couverts et l’accès aux services demeure marqué par les inégalités, la stigmatisation et l’inadaptation des réponses.
À l’occasion de la Journée mondiale de la santé sexuelle, L’Initiative revient sur plusieurs de ses interventions en faveur des droits et santé sexuels et reproductifs. Elles ont pour objectif de renforcer une offre de soins adaptée, accompagner les parcours de santé et réduire les barrières rencontrées par les populations les plus vulnérables. Parce que les besoins de santé sexuelle évoluent au fil de la vie, L’Initiative soutient des réponses qui accompagnent les personnes à chaque étape de leurs parcours : se protéger des infections et des violences, choisir sa contraception, accéder au dépistage ou prendre soin de sa santé mentale. Autant de leviers pour renforcer l’autonomie et le pouvoir d’agir de chacune et chacun.
Répondre à la diversité des besoins en santé sexuelle
Au-delà de la prévention des infections, la santé sexuelle implique aussi la possibilité d’accéder à des soins adaptés, de parler de sujets parfois difficiles et d’être accompagné dans son parcours sans jugement. Les réponses soutenues par L’Initiative cherchent à mieux prendre en compte cette diversité des besoins.
POUVOIR+ : une réponse intégrée pour les droits et santé sexuels et reproductifs des populations clés
En Côte d’Ivoire, POUVOIR+ élargit les réponses apportées aux populations clés et vulnérables en associant santé sexuelle et reproductive, santé mentale, lutte contre les violences et renforcement du pouvoir d’agir. Le projet s’appuie sur des ateliers d’autogynécologie, d’autosoins et d’autodéfense, et mobilise des psychologues basés dans les centres médico-sociaux partenaires. Noël N’Guessan, coordonnateur des projets DSSR de Solthis, revient sur les ateliers d’autogynécologie, les personnes pairs éducatrices et les conditions de pérennisation.
« La santé anale, ce n’est pas pour une population en particulier : elle concerne tout le monde »
Au Cameroun, le projet PHOENIX s’attaque à un sujet encore largement entouré de silence et de stigmatisation. À Yaoundé et Douala, il renforce l’accès aux soins proctologiques des populations clés et vulnérables en combinant la sensibilisation communautaire, la formation des prestataires, le référencement hospitalier et des outils d’information comme ProctoBot, un chatbot confidentiel. Ulrich Mvate, directeur exécutif de Humanity First Cameroon Plus, revient sur les enjeux sanitaires, sociaux et politiques d’un sujet encore largement tu.
Prévenir tôt, dépister largement
Certaines maladies liées à la santé sexuelle peuvent être évitées lorsque la prévention et le dépistage sont accessibles au plus près des personnes. Le cancer du col de l’utérus en est l’exemple le plus direct : c’est la seule maladie chronique majeure non transmissible qui puisse être éliminée.
Papillomavirus humains et cancer du col de l’utérus : une élimination possible, conditionnée à une action soutenue
La vaccination, le dépistage et le traitement des lésions précancéreuses sont des leviers majeurs pour éliminer le cancer du col de l’utérus. Il reste pourtant le deuxième cancer féminin en Afrique, où sont recensés 85 % des cas mondiaux. Les femmes vivant avec le VIH présentent un risque six fois plus élevé de le développer, ce qui fait du dépistage des papillomavirus humains (HPV) un maillon direct de leur santé.
Sur le terrain, l’articulation fonctionne lorsqu’elle passe par les relais de confiance. Dans le cadre de POUVOIR, des pairs éducatrices formées ont proposé l’autoprélèvement vaginal directement sur les sites du travail du sexe à Abobo, acheminé les échantillons et organisé le retour des résultats : plus de 600 travailleuses du sexe ont été dépistées, et l’ensemble des femmes dont l’inspection visuelle s’est révélée positive ont pu être traitées.
Prendre soin à chaque étape de la vie
Les besoins en santé sexuelle évoluent avec l’âge et les parcours de vie. Adolescence, parentalité, vieillissement ou vie avec une maladie chronique : améliorer l’accès aux soins suppose d’adapter les services, mais aussi d’accompagner les personnes dans les moments où les besoins changent.

« Un jeune vivant avec le VIH ne peut pas porter seul le poids de son traitement »
En Côte d’Ivoire, PRESERV 2 accompagne les enfants, adolescents et jeunes vivant avec le VIH en articulant suivi clinique, soutien psychosocial, santé sexuelle et reproductive et accompagnement de l’entourage. L’« approche famille » développée par le Centre SAS vise à mobiliser de manière conjointe les prestataires de santé, la fratrie, les psychologues et les pairs éducateurs formés à la santé sexuelle et reproductive.
Le VIH à travers les âges : adapter les réponses aux parcours de vie
Une évaluation transversale menée sur six projets soutenus par L’Initiative analyse l’évolution des besoins, de l’enfance jusqu’au vieillissement, et souligne l’importance d’adapter l’offre de soins, l’accompagnement psychosocial et le plaidoyer à chaque étape de la vie.

Faire tomber les barrières qui éloignent de la santé
Discriminations, violences, précarité, statut administratif ou peur du jugement peuvent éloigner durablement certaines personnes des services de santé. Agir sur ces obstacles fait partie intégrante de la promotion de la santé sexuelle, pour l’accès à la santé de toutes et tous.
Travailler avec et pour les personnes travailleuses du sexe
Les personnes travailleuses du sexe sont particulièrement exposées à des facteurs qui fragilisent leur santé sexuelle : stigmatisation, violences, précarité ou encore ruptures de produits de santé. Au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie ou à Madagascar, les modalités diffèrent, mais reposent sur une même volonté : agir avec les personnes concernées plutôt qu’à leur place.
Quand la haine en ligne menace l’accès aux soins : la crise anti-woubi en Côte d’Ivoire
Une vague de haine partie des réseaux sociaux a rapidement eu des conséquences sanitaires concrètes, comme la peur de sortir de chez soi et l’interruption d’activités communautaires qui engendrent des difficultés d’accès à la prévention et aux traitements. Isabelle Kouamé, de l’ONUSIDA Côte d’Ivoire, revient sur la riposte menée avec les organisations communautaires.
Faire des communautés des actrices de la santé sexuelle
Améliorer la santé sexuelle suppose enfin de reconnaître les personnes et les organisations communautaires comme des actrices à part entière des réponses de santé. Leur connaissance des réalités locales, leur capacité à atteindre les populations et leur rôle dans le plaidoyer contribuent à faire évoluer les services et les politiques publiques.

Des données communautaires pour mieux comprendre les besoins
Avec FORSS2, L’Initiative soutient le développement d’observatoires communautaires dans plusieurs pays de la région MENA pour documenter l’accès aux services VIH et donner aux acteurs communautaires les moyens de porter ces constats auprès des décideurs.
Des politiques de santé construites avec les personnes concernées
Au Cambodge, REGENERATE renforce la capacité de plaidoyer et le leadership des organisations communautaires pour mieux intégrer les questions de genre et de droits sexuels dans les stratégies de santé. La plateforme nationale mise en place a contribué à inscrire ces enjeux dans la demande de financement du pays au Cycle de subvention 8 du Fonds mondial.

La santé sexuelle, un droit pour toutes et tous
Prévenir les infections, dépister, accéder à la contraception, prendre soin de sa santé reproductive, bénéficier d’une information fiable ou pouvoir exercer et parler de sa sexualité sans crainte : la santé sexuelle recouvre des réalités multiples. Les interventions soutenues par L’Initiative montrent qu’il n’existe pas une réponse unique. Elle repose sur des services accessibles et adaptés, sur des communautés capables d’agir, sur des professionnels formés et sur la protection effective des droits. La Journée mondiale de la santé sexuelle est l’occasion de rappeler que l’accès à la santé sexuelle n’est pas un privilège : il relève du droit à la santé.